Vous avez pris l’habitude de laisser ChatGPT rédiger vos mails, vos posts LinkedIn, vos rapports, voire quelques devoirs ? Mauvaise nouvelle pour les adeptes du copier-coller intégral : OpenAI va commencer à intégrer un filigrane invisible dans les textes générés par ChatGPT en Europe. Mais avant de paniquer, ce « watermark » est beaucoup plus subtil, et beaucoup moins infaillible, qu’un tatouage numérique.👀
L’information est officielle. Le 5 octobre 2026, OpenAI a annoncé son dispositif de provenance des textes en Europe. Dans les prochaines semaines, les textes éligibles produits par ChatGPT et Codex dans l’Union européenne vont progressivement intégrer un filigrane invisible. Le dispositif concernera les utilisateurs des différents abonnements ChatGPT dans l’Union européenne.
La raison est réglementaire. L’AI Act européen, et plus précisément son article 50, impose aux fournisseurs de systèmes d’intelligence artificielle générative de rendre les contenus générés ou manipulés par une IA identifiables dans un format lisible par machine.
Pas de caractère invisible caché dans votre copier-coller
Contrairement à ce que le mot « filigrane » peut laisser penser, OpenAI ne va pas ajouter une série de caractères invisibles, d’espaces bizarres ou de signes de ponctuation cachés dans vos textes. La technologie utilisée s’appelle textGrain.
Elle agit directement pendant la génération du texte. ChatGPT dispose généralement de plusieurs mots ou fragments de mots possibles pour poursuivre une phrase. textGrain modifie légèrement les probabilités de sélection de ces mots afin de laisser, sur l’ensemble du texte, une sorte de signature statistique.
Elle est totalement invisible à la lecture. Un logiciel spécialisé peut ensuite rechercher cette signature pour déterminer si un texte contient probablement le filigrane d’OpenAI. Autrement dit, ouvrir un document Word, afficher les caractères cachés ou copier le texte dans le Bloc-notes ne permettra pas de découvrir un mystérieux code secret.
Alors… pourra-t-on savoir que vous avez utilisé ChatGPT ?
Parfois oui. Mais certainement pas avec une certitude absolue.
OpenAI le reconnaît elle-même. Dans ses tests, pour certains types de contenus, le détecteur retrouvait environ 80 % des filigranes sur des textes de 200 tokens, contre environ 95 % sur des textes de 400 tokens, avec un seuil de faux positifs fixé à 1 %. Les résultats sont moins bons sur des contenus très contraints comme les mathématiques.
Les textes courts sont donc plus difficiles à identifier. Les modifications apportées au texte peuvent également diminuer la capacité de détection. Les traductions constituent elles aussi une difficulté. OpenAI insiste d’ailleurs sur un point essentiel : l’absence de filigrane détecté ne prouve pas qu’un humain a écrit le texte.
Et votre patron ne pourra pas encore tester votre dernier rapport
Autre nuance importante : OpenAI ne met pas immédiatement son détecteur textGrain à disposition du grand public.
Dans un premier temps, l’accès sera réservé à des chercheurs et des organisations spécialisées sélectionnés par OpenAI. La société justifie cette prudence par les risques de faux positifs et de faux négatifs. Le détecteur indique uniquement qu’un signal associé aux modèles OpenAI a été retrouvé. Et surtout, le filigrane n’identifie pas son utilisateur.
Il ne révèle ni votre nom, ni votre compte ChatGPT, ni votre prompt, ni votre conversation. Il ne permet pas non plus de savoir quelle part du travail a été réalisée par un humain.
Le vrai problème n’est finalement pas le filigrane
Pour celles et ceux qui utilisent ChatGPT comme un assistant de rédaction, cette annonce ne change pas grand-chose.
Vous fournissez votre expertise, vos sources, vos arguments et votre point de vue. L’IA vous aide à structurer, reformuler ou accélérer la rédaction.
En revanche, pour ceux qui utilisent encore la méthode :
« Écris-moi un article de 1 000 mots sur ce sujet » → copier → coller → publier, la période devient nettement moins confortable.
Sources : OpenAI, « Our approach to EU text provenance rules », 5 octobre 2026, OpenAI Help Center, Provenance signals in OpenAI-generated content et Commission européenne, article 50 de l’AI Act.