Je lisais un article dans un journal américain consacré à l’IA et je me suis interrogée sur sa véracité. Des chiens capables de détecter un cancer dans l’haleine, épaulés par une intelligence artificielle : l’information semblait presque trop belle. J’ai donc fouillé. Je partage avec vous ce que j’ai trouvé, mais avec beaucoup de circonspection : l’avenir nous dira si la promesse résiste aux essais cliniques.
Un masque analysé par plusieurs chiens
Créée en 2023 à Bengaluru, en Inde, la société Dognosis développe BreathEasy, un dispositif de détection précoce de plusieurs cancers.
La personne respire pendant dix minutes dans un masque en coton. Celui-ci retient des composés organiques volatils, ou COV, produits par notre organisme et présents dans l’haleine. Certaines maladies, dont les cancers, peuvent modifier cette signature chimique. Le masque est ensuite envoyé dans un laboratoire et présenté à plusieurs chiens entraînés. Ils ne reniflent donc pas directement les patients.
Quel est le rôle de l’IA ?
Contrairement à ce que certains titres laissent entendre, l’IA ne détecte pas elle-même l’odeur du cancer. Le véritable capteur reste le nez du chien.
Le système informatique enregistre les réactions de plusieurs animaux, puis les combine grâce à un modèle bayésien. Celui-ci tient compte :
- de la réponse de chaque chien ;
- de ses performances passées ;
- de la concordance entre les animaux ;
- de certaines informations liées à l’échantillon.
L’objectif est de compenser la variabilité naturelle : un chien peut être moins attentif ou moins performant selon la séance. L’algorithme pondère donc les réponses afin de produire un score de risque plus régulier et interprétable par un professionnel de santé. Dognosis travaille également sur DogOS, une plateforme associant capteurs, traitement du signal et apprentissage automatique pour analyser plus finement le comportement des chiens. Mais une partie de ces fonctions est encore en développement.
Des résultats sérieux, mais pas encore une preuve définitive
Une étude de phase II publiée en 2026 dans le Journal of Clinical Oncology a porté sur 3 275 personnes dans six hôpitaux indiens. Sur une cohorte de test de 1 502 participants, le système a atteint :
- 91,5 % de sensibilité, soit sa capacité à repérer les malades ;
- 90,8 % de spécificité, soit sa capacité à reconnaître les personnes non malades ;
- 89,6 % de sensibilité pour les cancers de stades I et II.
Ces résultats concernent sept grandes familles représentant plus de vingt types de cancers.
Ils sont prometteurs, mais l’étude comparait notamment des patients dont le cancer était déjà confirmé avec des groupes témoins. Ce n’est pas encore la situation réelle d’un dépistage à grande échelle auprès de personnes sans symptômes. Avec une maladie rare, même un test performant peut produire beaucoup de faux positifs. Une phase III impliquant environ 10 000 personnes est en cours en Inde. BreathEasy doit donc être considéré comme un futur outil de préorientation, et non comme un diagnostic remplaçant l’imagerie ou la biopsie.
Le sujet informatique est néanmoins passionnant : l’IA ne remplace ici ni l’animal ni le médecin. Elle transforme les réactions variables de plusieurs chiens en données comparables et exploitables. Le flair ne dispense pas de preuves. 🐕🔬
En savoir plus
- Découvrir le projet BreathEasy
- Consulter l’étude publiée dans le Journal of Clinical Oncology
- Lire la présentation de l’étude par Medical Detection Dogs
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