L’Europe ne peut pas se contenter d’acheter l’intelligence artificielle aux États-Unis. Pour Christine Lagarde, sa croissance, sa souveraineté et sa capacité à financer son avenir sont désormais liées à sa maîtrise de l’IA.
Dans un discours prononcé le 14 septembre 2026 à Vienne, la présidente de la Banque centrale européenne a comparé la période actuelle à l’« ère du capital » décrite par l’historien Eric Hobsbawm à la fin du XIXe siècle. À l’époque, l’épargne européenne avait largement financé les chemins de fer américains. La croissance avait ensuite profité principalement aux États-Unis.
Christine Lagarde redoute un scénario similaire avec l’intelligence artificielle. Les ménages de la zone euro détiennent déjà environ 440 milliards d’euros dans des entreprises technologiques américaines. Dans le même temps, les entreprises européennes consacreraient près de 10 % de leurs investissements à l’IA en 2026, tandis que plus de la moitié des travailleurs de la zone euro l’utiliseraient désormais dans leur activité.
Pour la BCE, une adoption rapide pourrait augmenter la productivité européenne de 4 % sur dix ans. Mais cette opportunité s’accompagne d’un risque majeur de dépendance. Les États-Unis concentrent environ 75 % des capacités mondiales de calcul dédiées à l’IA, contre seulement 5 % pour l’Europe.
La question n’est donc pas uniquement technologique. Elle concerne aussi les données, les infrastructures et la liberté de décision. Si des secteurs stratégiques comme les transports, la santé, la fiscalité ou la finance dépendent de modèles contrôlés depuis l’étranger, une interruption de service ou une modification des conditions d’accès pourrait toucher toute l’économie européenne.
Christine Lagarde appelle ainsi à financer trois priorités : davantage de centres de données en Europe, des modèles suffisamment performants fonctionnant sur des infrastructures européennes et un accès aux modèles les plus avancés. Le coût du rattrapage pourrait atteindre 600 milliards d’euros sur dix ans.
Son message est clair : l’Europe ne doit pas seulement être une utilisatrice de l’IA. Elle doit aussi financer, héberger et contrôler une partie de cette chaîne de valeur. Pour la présidente de la BCE, l’intelligence artificielle pourrait devenir le grand projet capable de mobiliser l’épargne européenne et de soutenir la croissance.
Une conclusion qui concerne aussi les PME. La souveraineté ne signifie pas forcément tout produire soi-même. Elle suppose au minimum de savoir où vont les données, de pouvoir changer de fournisseur et de conserver une solution de repli.
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