En trois ans, l’intelligence artificielle est passée du statut d’outil testé par quelques entreprises à celui d’équipement professionnel de plus en plus courant. Le nouveau Baromètre France Num 2026, présenté le 3 septembre à Bercy lors du premier anniversaire du plan Osez l’IA, indique que 39 % des TPE et PME françaises utilisent désormais des outils d’IA à des fins professionnelles. Elles n’étaient que 5 % en 2023. Dans le même temps, l’Insee mesure un taux de 18 % en 2025 parmi les entreprises de 10 salariés ou plus, contre 6 % en 2023. Deux chiffres apparemment très différents… mais qui ne mesurent pas exactement la même population ni les mêmes usages.
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de la rencontre organisée le 3 septembre 2026 à Bercy par la Direction générale des Entreprises autour du plan Osez l’IA : l’adoption de l’IA accélère, mais il devient indispensable de regarder ce que recouvre exactement le mot “adoption”.
Le contexte est désormais très différent de celui de 2023. Lancé le 1er juillet 2025, le plan Osez l’IA vise notamment à faire progresser l’usage de l’IA dans les entreprises françaises. Un an après son lancement, le Gouvernement annonce plus de 35 000 entreprises sensibilisées, 615 Ambassadeurs IA (Dont IAPratique), 88 offreurs de solutions référencés, 54 cas d’usage documentés et 70 Diagnostics Data IA déjà engagés.
Mais derrière ce bilan institutionnel, deux séries de chiffres racontent surtout une accélération spectaculaire des usages.
📈 France Num : de 5 % à 39 % des TPE-PME en trois ans
Le chiffre qui retient immédiatement l’attention vient du Baromètre France Num 2026, réalisé avec le Crédoc et présenté à Bercy. L’enquête a été conduite du 23 mars au 18 avril 2026 auprès de 9 655 entreprises de 0 à 249 salariés, dont 6 786 TPE et 2 869 PME. Les réponses ont été recueillies en ligne et par téléphone.
L’évolution est particulièrement nette :
| Année | TPE-PME utilisant l’IA |
|---|---|
| 2023 | 5 % |
| 2024 | 13 % |
| 2025 | 26 % |
| 2026 | 39 % |
Autrement dit, la proportion a été multipliée par 7,8 en trois ans. Entre 2025 et 2026 seulement, elle gagne encore 13 points, soit une progression relative de 50 %. Et 2026 marque un autre seuil symbolique : plus de la moitié des PME utilisent désormais l’IA. Dans le détail, France Num mesure 37 % d’utilisateurs parmi les TPE et 53 % parmi les PME. En 2023, ces proportions n’étaient respectivement que de 4 % et 6 %.
L’écart entre TPE et PME se creuse
Voilà un autre chiffre intéressant. L’écart entre les deux catégories était de seulement 2 points en 2023. Il passe à 4 points en 2024, 10 points en 2025 puis 16 points en 2026. Les PME semblent donc accélérer plus rapidement. Ce n’est pas franchement surprenant : elles disposent généralement de davantage de collaborateurs, d’outils numériques déjà installés, de fonctions support et parfois d’une DSI ou d’un référent capable de structurer les usages.
Pour une TPE, le problème peut être beaucoup plus basique : trouver deux heures pour identifier ce qu’elle pourrait réellement faire de l’IA entre deux devis et trois appels clients. 😉
🤔 Mais alors, pourquoi l’Insee ne trouve-t-il que 18 % ?
C’est ici qu’il faut éviter un joli piège statistique. L’Insee indique qu’en 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent au moins une technologie d’IA, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023.
L’utilisation a donc triplé en deux ans.
| Année | Entreprises utilisant l’IA – Insee |
|---|---|
| 2023 | 6 % |
| 2024 | 10 % |
| 2025 | 18 % |
À première vue, 18 % chez l’Insee contre 39 % chez France Num pourrait laisser penser que quelqu’un a perdu sa calculatrice. Ce n’est pas le cas.
Les deux enquêtes ne mesurent pas la même chose
| Insee | France Num | |
|---|---|---|
| Population | Entreprises de 10 salariés ou plus | Entreprises de 0 à 249 salariés |
| Année mesurée | 2025 | 2026 |
| Échantillon | Environ 11 000 entreprises | 9 655 entreprises |
| Périmètre | Principaux secteurs marchands, hors notamment agriculture, finance et assurance | TPE-PME, 12 secteurs |
| Question | Utilisation d’au moins une technologie d’IA | Usage d’outils d’IA à des fins professionnelles |
L’Insee travaille donc avec une définition statistique et un périmètre différents. Son enquête s’inscrit par ailleurs dans le dispositif européen sur les technologies utilisées par les entreprises. France Num cherche davantage à mesurer les pratiques numériques des petites entreprises, y compris des usages très accessibles de l’IA générative.
En revanche, les deux séries racontent exactement la même tendance : l’usage professionnel de l’IA progresse très rapidement.
🏢 Plus l’entreprise est grande, plus l’IA est présente
Les données de l’Insee permettent d’observer très précisément l’effet de la taille.
En 2025 :
- 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés utilisent l’IA
- 31 % des entreprises de 50 à 249 salariés
- 58 % des entreprises de 250 salariés ou plus.
En 2023, ces proportions étaient respectivement de 5 %, 10 % et 21 %. Le constat est assez limpide : toutes les catégories progressent, mais les grandes entreprises conservent une avance considérable.
Les entreprises déclarant utiliser l’IA représentent en effet 66 % du chiffre d’affaires et 59 % de l’emploi total du champ étudié par l’Insee. En 2024, elles représentaient respectivement 49 % du chiffre d’affaires et 40 % de l’emploi. Attention toutefois : cela ne veut pas dire que 59 % des salariés utilisent personnellement une IA. Cela signifie qu’ils travaillent dans une entreprise qui déclare utiliser au moins une technologie d’IA.
🧠 L’IA générative est toujours la principale porte d’entrée
Autre enseignement du Baromètre France Num 2026 : la croissance reste largement tirée par les outils permettant de générer du texte, de la voix ou des images. C’était déjà très visible en 2025.
Le précédent Baromètre France Num indiquait alors que, parmi l’ensemble des TPE-PME :
- 22 % utilisaient l’IA pour générer textes, voix ou images
- 14 % utilisaient des chatbots, assistants ou outils de recherche
- 6 % pour analyser ou classer des documents
- seulement 5 % pour automatiser des tâches
- 5 % pour analyser des données ou optimiser des ressources.
L’entreprise commence souvent par un assistant généraliste avant de connecter l’IA à ses processus. Rédiger un mail prend cinq minutes pour être testé.
Automatiser une chaîne de traitement des commandes, connecter un CRM ou bâtir un assistant documentaire sécurisé demande évidemment un peu plus que trois prompts et un café.
💳 Autre changement : les entreprises commencent à payer pour l’IA
Le Baromètre France Num 2026 apporte pour la première fois une information particulièrement intéressante sur les dépenses.Parmi les entreprises utilisant l’IA, 46 % utilisent au moins certaines solutions payantes : 18 % principalement des licences ou abonnements payants et 28 % combinent solutions gratuites et payantes.
Et lorsqu’on demande quelles dépenses ont été engagées :
- 43 % citent les abonnements ou licences
- 12 % la formation
- 8 % des développements spécifiques
- 4 % du conseil ou des prestations
- 50 % utilisent encore uniquement des solutions gratuites.
Ce chiffre mérite d’être surveillé dans les prochaines éditions. Car le véritable basculement économique pourrait bien être là : le passage du test gratuit à l’investissement professionnel.
💰 Les utilisateurs payants perçoivent davantage de valeur
France Num a également posé une nouvelle question très simple :
« L’IA a-t-elle un impact positif sur votre entreprise ? »
Parmi les entreprises utilisatrices, 67 % répondent positivement. Mais la proportion grimpe à 85 % chez celles qui utilisent des solutions payantes. Cela ne prouve évidemment pas que payer une licence crée mécaniquement de la performance. Une autre interprétation est tout aussi plausible : les entreprises ayant identifié des usages suffisamment utiles pour payer sont probablement aussi celles qui ont davantage structuré leurs pratiques.
👩💻 La compétence reste pourtant très inégale
C’est probablement là que le contraste devient le plus intéressant. Parmi les entreprises utilisant déjà l’IA, seulement 52 % déclarent disposer de compétences IA, en interne ou en externe. 18 % indiquent être en train de se former ou de rechercher ces compétences, tandis que 30 % n’en disposent pas et ne semblent pas encore engagées dans cette démarche.
L’adoption des outils va donc plus vite que la structuration des compétences. C’est précisément l’un des risques de la période actuelle : avoir beaucoup d’utilisateurs… mais peu de règles, peu de gouvernance et parfois aucune mesure de la valeur créée.
🇪🇺 La France rattrape progressivement l’Europe
L’Insee permet également la comparaison européenne. En 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent au moins une technologie d’IA, contre 20 % dans l’Union européenne. L’écart global n’est donc plus que de deux points.
La situation varie néanmoins selon la taille. Pour les entreprises de 50 à 249 salariés, la France atteint 31 %, légèrement au-dessus de la moyenne européenne de 30 %. Pour les entreprises de 250 salariés ou plus, elle atteint 58 % contre 55 % dans l’UE.
En revanche, les entreprises françaises de 10 à 49 salariés restent légèrement en retrait : 15 % contre 17 %. Encore une fois, le principal enjeu se situe donc du côté des plus petites structures.
En savoir plus
Bilan officiel des 1 an du plan Osez l’IA – Direction générale des Entreprises
Étude Insee 2025 : les technologies numériques dans les entreprises
Données du Baromètre France Num
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Source principale pour les données France Num 2026 : présentation officielle DGE / France Num / Crédoc, Anniversaire Osez l’IA, Bercy, 3 septembre 2026. Les données ont été présentées publiquement lors de l’événement
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