Asteroid fait travailler des agents IA dans les logiciels médicaux : jusqu’où peut-on aller en France ?

Une IA qui ouvre un vieux logiciel médical sous Windows, cherche un patient, clique dans les menus, exporte un dossier, remplit un formulaire puis passe au suivant : ce n’est plus seulement une démonstration de laboratoire. Asteroid affirme faire fonctionner chaque semaine des milliers d’agents de ce type dans des logiciels de santé. Mais avant d’imaginer leur confier les écrans de nos hôpitaux français, il reste quelques détails à régler : données de santé, HDS, RGPD, hébergement américain et contrôle humain. Quelques détails, donc. 🤖🩺

Le 20 août 2026, la jeune société américaine Asteroid a publié un retour d’expérience particulièrement instructif sur l’utilisation de Claude Computer Use, la technologie d’Anthropic permettant à une IA de voir un écran, cliquer, saisir du texte ou faire défiler une interface comme le ferait une personne. L’entreprise affirme avoir multiplié par huit le volume de ses agents en six mois et en exécuter désormais plusieurs milliers chaque semaine dans des EHR — les dossiers patients informatisés américains — et d’autres applications de santé ne disposant pas forcément d’API.

Asteroid elle-même reste une petite structure : créée en 2024, intégrée à la promotion Winter 2025 de Y Combinator, elle est basée à San Francisco et YC indique une équipe de huit personnes. Ses deux cofondateurs sont David Mlcoch, CEO, et Joe Hewett, CTO. Son site mentionne également une présence à Londres. En juillet 2026, la société revendiquait plus de 250 agents en production, 40 systèmes connectés et plus de 700 000 exécutions. Ce sont des chiffres communiqués par l’entreprise, et non les résultats d’une étude indépendante.

Découvrir Asteroid

Asteroid, c’est quoi exactement ?

Asteroid n’a pas créé un nouveau grand modèle de langage. Son métier consiste plutôt à construire la couche située entre l’IA et les vieux logiciels métier.

L’entreprise se présente comme une couche d’intégration pour les systèmes de santé : dossiers patients, portails d’assureurs, logiciels Windows, applications publiées via Citrix ou autres outils hérités ne disposant pas d’une API suffisamment exploitable. Y Combinator indique plus de 100 intégrations préconstruites.

Lorsqu’un logiciel possède une API correcte, Asteroid explique elle-même qu’il vaut mieux l’utiliser : c’est plus rapide, moins coûteux et plus déterministe. Le Computer Use sert surtout lorsque l’entreprise se retrouve devant le fameux :

« Il n’y a pas d’API. Il faut se connecter et cliquer. »

Autrement dit, l’IA devient une sorte de pont temporaire entre deux générations de systèmes informatiques.

Comment fonctionne le Computer Use ?

Le principe paraît presque trop simple.

Source : Astéroide

Claude reçoit une représentation de l’écran. Il identifie les éléments de l’interface, décide de l’action à réaliser puis peut déplacer le curseur, cliquer, taper du texte, utiliser le clavier ou faire défiler une page. Anthropic a rendu son outil Computer Use disponible de façon générale sur Claude Platform le 20 août 2026. La différence avec une RPA traditionnelle est importante.

Une automatisation classique suit généralement des règles très précises :

ouvrir tel menu → cliquer tel bouton → récupérer tel champ → continuer.

Un agent multimodal peut davantage s’adapter à ce qu’il voit :

« Je cherche le dossier de ce patient. Le bouton n’est plus exactement au même endroit, mais je reconnais l’écran et je peux essayer une autre voie.“

Ce qu’Asteroid obtient réellement en production

C’est probablement la partie la plus intéressante de son retour d’expérience.

Sur quatre scénarios proches de ses usages de production, Asteroid a comparé l’ancienne et la nouvelle boucle d’interaction avec Claude.

Workflow testéAppels au modèleTemps d’exécutionTaux d’achèvementCoût par tâche
Extraction d’un rapport EHR-32 %-20 %90 → 100 %-31 %
Traitement d’une demande de remboursement-48 %-59 %77 → 100 %-32 %
Création d’une tâche dans l’EHR-46 %-7 %100 → 100 %-29 %
Encaissement d’un paiement patient-52 %-31 %100 → 100 %-25 %

Source : Astéroide. Résultats annoncés par Asteroid sur quatre workflows de type production avec la nouvelle boucle Computer Use de Claude. Ils ne constituent pas un benchmark indépendant.

Ces chiffres sont intéressants, mais il faut les lire correctement : 100 % signifie 100 % sur ces tests et ces workflows, pas « Claude ne se trompe plus dans les logiciels médicaux ». Les données viennent d’Asteroid. Il ne s’agit ni d’un essai clinique ni d’une évaluation académique indépendante.

Une petite erreur d’écran peut devenir une grosse erreur métier

Le billet devient vraiment intéressant lorsqu’Asteroid explique ce qui ne fonctionne pas. Un agent devait, par exemple, distinguer un champ vide comportant un simple texte indicatif d’un champ contenant déjà une vraie valeur.

Avec Claude Sonnet 4.6 et Opus 4.6, Asteroid affirme que l’agent détériorait la valeur existante dans plus de 80 % des essais. Avec Opus 4.8, le même problème serait tombé à 0,7 %, sans modification du prompt.Ce détail d’interface paraît ridicule. Dans un formulaire médical, il l’est beaucoup moins.

Elle permet de montrer concrètement que l’erreur d’une IA agentique ne ressemble plus nécessairement à une hallucination dans un texte. Elle peut devenir une mauvaise saisie directement dans le logiciel.

La meilleure idée d’Asteroid : ne surtout pas tout confier à l’IA

C’est, à mon sens, la leçon la plus utile de toute leur démonstration.

Asteroid explique qu’il n’utilise pas la reconnaissance visuelle du modèle lorsqu’une erreur de lecture pourrait avoir une conséquence clinique.

L’exemple donné est celui d’un code médical affiché à l’écran : R06.02. Une lecture visuelle peut transformer un caractère et produire R06.O2. Pour éviter ce type d’erreur silencieuse, Asteroid préfère faire exporter un fichier par le logiciel, puis lire les données avec un traitement déterministe. Lorsqu’un export est impossible, l’entreprise utilise autant que possible des fonctions fiables de l’application, par exemple une recherche exacte avec Ctrl+F.

Asteroid optimise même la manière de cliquer

L’autre enseignement est très terre à terre. Sur un logiciel spécialisé, l’agent devait sélectionner le nom d’un professionnel dans une immense liste déroulante. Il faisait défiler la liste, reprenait une capture, réfléchissait, recommençait… Asteroid a découvert qu’il suffisait d’appuyer sur Retour arrière puis de taper le nom, même si aucune barre de recherche n’était visible.

Résultat annoncé :

  • durée de l’étape : 5,6 à 2,4 minutes ;
  • nombre de tours du modèle : environ 46 à 23 ;
  • coût du modèle : 0,83 à 0,34 dollar ;
  • durée totale : 7,7 à 4,2 minutes.

Voilà une autre réalité de l’IA agentique : le coût dépend autant du processus que du modèle. Mettre un modèle plus puissant sur un parcours mal conçu revient parfois à embaucher une Formule 1 pour chercher une place dans un parking souterrain.

Tous les workflows d’Asteroid : lesquels ont du sens en France ?

Le catalogue d’Asteroid couvre aujourd’hui une dizaine de grandes familles de processus. Une partie est très américaine. Il faut donc traduire les usages, pas les transposer.

Workflow AsteroidUsage américainTransposition possible en France
EHR Extraction & Write-backLecture et mise à jour du dossier patientDPI, logiciels de cabinet, logiciels médico-sociaux : extraction, préremplissage, transfert de données
SchedulingGestion des rendez-vousAgendas, admissions, programmation de rendez-vous
Referral IntakeTraitement des orientations de patientsAdressage, demandes d’admission, courriers et dossiers entrants
Prior AuthorizationAutorisations préalables des assureursÉquivalence seulement partielle : certains accords préalables ou prises en charge
Member EnrollmentInscription aux offres d’assurance américainesPeu transposable directement ; éventuellement certains processus de complémentaires
Credentialing & VerificationVérification des licences et professionnelsVérification des identités, habilitations et annuaires professionnels
Provider EnrollmentEnregistrement auprès des assureursConventionnement, contractualisation et mise à jour administrative selon les organismes
Eligibility & BenefitsVérification couverture, reste à charge, franchiseContrôle de droits et de prise en charge
Claims & DenialsFactures, refus, recoursFacturation, traitement de rejets et dossiers de remboursement
Medicare EnrollmentSouscription aux programmes MedicarePas d’équivalent direct dans le système français

Asteroid cite également parmi les processus déjà exécutés chez ses clientes : mise à jour de listes de patients, suivi des admissions et sorties, détection de dossiers bloqués en attente d’une signature, création et tri de notes administratives, rapprochement entre prestations réalisées et facturées ou encore encaissement de paiements. Pour les établissements français, les cas les plus crédibles à court terme sont surtout administratifs : recopies entre logiciels, récupération de données, traitement de files d’attente, préparation de dossiers, rapprochements ou contrôles.

Je serais nettement plus prudente dès qu’un agent commence à modifier une information clinique ou à prendre une décision ayant une conséquence sur le soin.

Le cas spectaculaire des 85 000 patients

Asteroid donne un exemple particulièrement parlant sur les traitements en masse. En février 2026, une exécution de dix minutes permettait d’extraire les informations d’un seul patient. Sur un autre workflow plus récent, l’entreprise indique qu’environ huit minutes passées dans l’EHR permettent désormais de récupérer les données cliniques et démographiques de plus de 85 000 patients.

Attention à ne pas en conclure que l’agent « lit 85 000 dossiers à l’écran en huit minutes ». La différence vient justement de l’architecture : l’agent navigue jusqu’au bon endroit et déclenche les bons exports, puis des traitements classiques prennent le relais.

C’est probablement le schéma le plus intéressant pour une DSI française :

IA pour naviguer → mécanisme déterministe pour extraire → contrôles → SI métier.

🇫🇷 Et maintenant, le cas français

Asteroid annonce être HIPAA compliant et certifiée SOC 2 Type II. Elle propose le chiffrement AES-256 au repos, TLS en transit, des environnements isolés, un contrôle des droits, des enregistrements permettant de rejouer les actions et la possibilité d’imposer une validation humaine. L’entreprise précise également que les données traitées ne servent pas à entraîner les modèles. Tout cela est positif.

Mais HIPAA n’est pas HDS et SOC 2 n’est pas le RGPD.

Les données sont actuellement hébergées aux États-Unis

La page sécurité d’Asteroid est très claire : l’hébergement annoncé est situé aux États-Unis.

Pour un établissement français souhaitant traiter des données personnelles de santé, ce point impose donc une analyse bien plus poussée : rôle de chaque acteur, base juridique, sous-traitants, flux de données, mécanisme applicable aux transferts hors UE, durées de conservation, sécurité, droits d’accès et conformité de la chaîne d’hébergement. Surtout, en France, lorsqu’un prestataire entre dans le champ de l’hébergement de données de santé pour le compte d’un acteur de santé, la certification HDS constitue une exigence essentielle. L’Agence du Numérique en Santé rappelle que les hébergeurs de données de santé sur support numérique concernés doivent être certifiés.

La CNIL regarde désormais directement les agents IA

Le sujet tombe d’ailleurs à un moment intéressant. Le 20 juillet 2026, la CNIL et le Conseil de l’IA et du Numérique ont publié une note consacrée aux agents capables d’agir à la place de leur utilisateur, en soulignant notamment la complexité des chaînes de traitement et les enjeux liés aux données personnelles.

En mars 2026, la CNIL avait également publié des recommandations spécifiques aux systèmes d’IA utilisant des données personnelles de santé, en rappelant que ces informations bénéficient d’une protection particulière.

Asteroid n’est pas seul : Anthropic, Google et OpenAI poussent aussi le Computer Use

Asteroid constitue surtout un très bon laboratoire vertical du phénomène.

Anthropic vient de généraliser Computer Use sur Claude Platform, avec des interactions sur les interfaces vues à l’écran et un nouvel outil davantage adapté aux applications Web.

Google a intégré en juin 2026 le Computer Use directement à Gemini 3.5 Flash, avec la capacité annoncée d’agir dans des environnements Web, mobiles et desktop.

OpenAI propose également du Computer Use sous Windows dans Codex pour certaines offres professionnelles. Point important pour nos lecteurs français : lors de son lancement du 29 mai 2026, cette fonction Windows n’était pas disponible dans l’Espace économique européen, au Royaume-Uni ni en Suisse.

Le véritable enjeu n’est donc probablement pas de savoir quel modèle « clique le mieux » cette semaine. Il est de savoir qui construira la couche opérationnelle capable de rendre ces clics contrôlables, auditables et suffisamment fiables pour un métier réglementé.

Asteroid est-il déjà utilisable par une entreprise française ?

Techniquement, la plateforme dispose d’une offre en libre-service et d’une tarification publique.

Asteroid affiche actuellement :

  • une formule individuelle à l’usage, sans engagement mensuel ;
  • Startup : 300 $ par mois avec 330 $ de crédits ;
  • Scale : 1 000 $ par mois avec 1 150 $ de crédits et jusqu’à 100 environnements concurrents Browser, Linux ou Windows ;
  • une offre Enterprise sur devis.

Mais « je peux créer un compte » et « je peux y faire traiter les dossiers de mes patients français » sont deux phrases extrêmement différentes. Pour un POC avec des données synthétiques : le produit mérite clairement d’être étudié.

Pour traiter des données réelles de santé en France : il faudrait obtenir et vérifier la totalité de l’architecture contractuelle, technique, HDS et RGPD avant d’aller plus loin.

Asteroid démontre quelque chose de beaucoup plus intéressant que « l’IA sait utiliser une souris ». Des pans entiers d’un SI auparavant considérés comme impossibles à automatiser parce qu’ils reposent sur de vieux logiciels graphiques deviennent accessibles aux agents IA.

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Le retour d’expérience complet d’Asteroid sur le Computer Use en santé

Asteroid : sécurité et conformité

Anthropic : Computer Use sur Claude Platform

CNIL : IA et santé, développer et évaluer des systèmes conformes

Agence du Numérique en Santé : liste officielle des hébergeurs HDS

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